Crise sécuritaire au Sud-Kivu : l’accès humanitaire de plus en plus difficile dans des zones touchées par les conflits armés
Dans un contexte marqué par une insécurité persistante et des restrictions d’accès, les acteurs humanitaires font face à d’énormes difficultés sur le terrain. Alors que les besoins humanitaires demeurent importants dans plusieurs zones affectées par les conflits armés, certaines localités restent difficilement accessibles, laissant de nombreuses populations sans assistance.
Selon
le coordinateur provincial de la Nouvelle Société Civile Congolaise, Mafikiri
Mashimango, les organisations humanitaires éprouvent d’importantes difficultés
pour atteindre toutes les zones touchées par les violences. Il évoque notamment
des blocages occasionnels imposés aux mouvements humanitaires, certains groupes
armés avançant des raisons sécuritaires pour suspendre ou limiter les
interventions.
« Les besoins existent et sont urgents, mais les problèmes sécuritaires bloquent l’assistance. Dans certains cas, l’aide pourrait être acheminée, mais la situation sécuritaire ne le permet pas. Donc, les personnes qui ont besoin d’être assistées pourraient effectivement l’être. Cependant, les contraintes sécuritaires constituent un obstacle majeur. Par exemple, une personne se trouvant à Nyamutiri peut, en principe, bénéficier d’une assistance. » a indiqué Mafikiri Mashimango.
Et
d'ajouter : « Mais si la situation
sécuritaire ne le permet pas, l’aide ne peut malheureusement pas être
acheminée. C’est pourquoi, à notre niveau, nous menons des actions de
plaidoyer. Nous échangeons avec le gouvernement congolais ainsi qu’avec
d’autres parties prenantes, y compris certains acteurs politiques, afin qu’ils
prennent en considération les actions humanitaires et facilitent l’accès aux
populations vulnérables »
Pour
Willy Seremba, l'un de leader des organisations locales et membre de
CRIPAD-asbl : « face aux difficultés
sécuritaires, les organisations humanitaires ont dû adapter leurs stratégies de
travail. Pendant les périodes les plus critiques, elles ont adopté un profil
bas afin de continuer leurs activités sans s’exposer davantage aux risques.
Cette approche leur a permis de poursuivre les interventions malgré les
contraintes. Certaines équipes ont même travaillé à domicile pour maintenir le
lien avec les bénéficiaires, bien que l’accès aux populations dans le besoin
restait particulièrement difficile. Aujourd’hui, la situation s’est relativement
améliorée. »
Face
à cette situation, la société civile affirme poursuivre ses actions de
plaidoyer auprès du gouvernement congolais et des autres parties prenantes afin
que les interventions humanitaires soient protégées et facilitées.
Contacté
à ce sujet Seth Maravanga, Président urbain du Comité international de la
Croix-Rouge explique : « Vous le savez, la mission humanitaire est une mission
noble et essentielle. Cependant, dans l’exercice de cette mission, nous faisons
face à de nombreux défis: Premièrement, il y a les difficultés liées à la
sécurité. Les équipes humanitaires sont parfois confrontées à des menaces
directes, notamment contre les convois, aux risques liés aux armes, ainsi qu’à
l’insécurité persistante dans certaines zones. Ces situations constituent des
obstacles majeurs à notre action.
« Deuxièmement, nous rencontrons des
contraintes administratives et bureaucratiques. Il peut s’agir de restrictions
d’accès, de blocages de convois ou encore de lenteurs administratives qui
retardent l’assistance aux populations vulnérables.
Un autre défi important est le manque de compréhension du rôle des organisations humanitaires. Certaines communautés ne comprennent pas toujours notre mission ni l’importance du respect de l’emblème de la Croix-Rouge, qui est un symbole de neutralité et de protection. Le non-respect de cet emblème peut mettre en danger nos équipes et compromettre nos interventions. Nous faisons également face à des défis logistiques et sanitaires, notamment lors des déplacements massifs de populations ou en période d’épidémies. Ces situations compliquent davantage l’acheminement de l’aide. À cela s’ajoutent les contraintes financières. L’attitude des donateurs, les sanctions économiques et la réduction des financements rendent difficile la poursuite des opérations sur le long terme. » a-t-il fait savoir.
De
son côté, Shukuru Shemitalo, analyste indépendant, souligne l’importance
capitale des interventions humanitaires en période de conflits armés. Il met en
avant les déplacements massifs de populations, l’aggravation de l’insécurité
alimentaire et sanitaire, autant de facteurs qui exigent une aide urgente,
coordonnée et sans entrave.
Cependant,
les restrictions d’accès humanitaire restent un défi majeur, particulièrement
dans certaines zones où la situation sécuritaire demeure instable. Alors que
les appels à l’assistance se multiplient, notamment à Uvira, les acteurs
humanitaires et les organisations de la société civile plaident pour une
meilleure coordination et un accès humanitaire renforcé, afin de garantir une
assistance efficace aux populations les plus vulnérables.
Article
produit dans le cadre de la campagne « Habari za Mahali », exécutée par le
consortium UNPC-UFMP-COMEL avec l’appui financier de La Benevolenciya.
La
Rédaction
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