Des pharmacies en rupture de médicaments à Uvira : les conséquences sanitaires de la fermeture de la frontière RDC–Burundi
La fermeture temporaire de la frontière entre la République démocratique du Congo et le Burundi a profondément affecté les habitants de la ville d’Uvira, révélant une crise sanitaire aussi réelle que discrète. Pendant près de deux mois, en raison de l’instabilité sécuritaire dans la région, les échanges transfrontaliers ont été interrompus, entraînant une pénurie de médicaments essentiels et compliquant la prise en charge de nombreux patients.
Dans
plusieurs pharmacies d’Uvira, l’absence de nombreux produits pharmaceutiques a
été constatée. Les médicaments importés du Burundi, souvent plus accessibles et
moins coûteux, sont devenus rares, voire introuvables.
Monsieur Mwituno Sadi Pierre, habitant du quartier Kasenga-Muramvya, témoigne : « Nous avons traversé beaucoup de difficultés, notamment le manque de médicaments pour les maladies chroniques. Lorsqu’on en trouvait, les prix étaient très élevés. »
Les
revendeurs de médicaments confirment cette situation. Selon eux, plusieurs
produits indispensables étaient en rupture de stock, notamment le
chloramphénicol, certains sirops, ainsi que des tests de grossesse et de
dépistage du VIH/Sida.
Ils expliquent que les procédures d’approvisionnement étaient devenues complexes et coûteuses. Face à la rareté des produits, les prix ont fortement augmenté, aggravant la précarité déjà ressentie par une grande partie de la population.
Un médecin
de l’Hôpital Général de Référence d’Uvira confirme que la fermeture de la
frontière a perturbé le fonctionnement du système de santé local.
Durant
cette période, il était impossible de transférer les patients vers le Burundi
pour des soins spécialisés, notamment à Bujumbura.
Depuis le rétablissement des autorités provinciales, une nouvelle procédure a été mise en place : lorsqu’un patient nécessite une prise en charge indisponible localement, l’hôpital saisit le gouvernorat, qui organise l’évacuation par ambulance avec autorisation officielle de traverser la frontière.
Le médecin rappelle également que chaque structure sanitaire dispose d’un plateau technique correspondant à son niveau d’équipement. L’Hôpital Général de Référence d’Uvira, ainsi que d’autres centres comme celui de Kasenga, assurent la prise en charge de nombreux cas, mais certaines limites techniques persistent. Il appelle enfin la population à éviter l’automédication et à privilégier les consultations médicales dans les structures de santé.
À Kiliba, un habitant évoque les souffrances endurées durant la fermeture : « Nous étions malades alors que la frontière était fermée. Beaucoup espéraient aller se faire soigner au Burundi, mais nous étions contraints de rester. Certains continuaient à souffrir faute de médicaments adaptés. » Il souligne également le manque de spécialistes dans certaines structures sanitaires locales. À l’hôpital de la sucrerie, par exemple, il n’y aurait pas d’ophtalmologue pour prendre en charge les maladies oculaires, alors que de nombreux patients souffrent de troubles de la vue nécessitant un suivi spécialisé.
La fermeture de la frontière entre la RDC et le Burundi a mis en évidence la forte dépendance sanitaire d’Uvira vis-à-vis du pays voisin. Elle a également révélé les insuffisances du système de santé local, notamment en matière d’approvisionnement en médicaments et de disponibilité de spécialistes. Cette situation souligne l’urgence de renforcer les infrastructures sanitaires locales, d’améliorer la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique et de former davantage de spécialistes afin de garantir une meilleure résilience face aux crises futures.
Pour les habitants d’Uvira, cette période restera marquée par l’incertitude, la souffrance, mais aussi par la nécessité de repenser l’autonomie sanitaire de leur région.
Article produit dans le cadre de la campagne HABARI ZA MAHALI executé par le consortium UNPC-UFMP-COMEL sous le financement de Labenevolencija.
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