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lpa | 25 février 2026 | 424 vues

Idjwi : « Kabanga et justices populaires » menacent l'avenir d'une génération

En territoire d'Idjwi au Sud-Kivu, depuis janvier 2026, les actes d'assassinat communément appelés « Kabanga » se sont renforcés dans la communauté avec des conséquences énormes sur le plan social et l'avenir de toute une génération.

Certains corps sans vie sont retrouvés dans les coins des villages et d'autres jetés dans le lac Kivu avec des traces de violences, de traitements inhumains, soit des cordes attachées au cou et les victimes suspendues sur des arbres.

Les faits sont d'une extrême horreur

Entre samedi 21 et mardi 24 février 2026, trois (03) personnes ont perdu la vie dans le groupement Mugote en chefferie Ntambuka. Il s'agit d'une jeune fille du nom d'Alice Maneno, élève de l'institut Makimbiliyo, assassinée par des bandits non encore identifiés le 21 février dans le village Mugote. Son corps a été retrouvé pendu sur un arbre à quelques kilomètres de son habitation, selon plusieurs sources.

Sa maman, du nom de Chakupewa Mukanirwa Francine, interrogée par les confrères de la radio MGT, affirme que sa fille était étranglée avec une corde « kabanga » avant d'être pendue sur un arbre afin de brouiller les traces.

Le lundi 23 février, une population en colère s'est attaquée violemment à deux hommes suspectés d'appartenir au groupe de meurtriers de la fille. Un a été sauvé par les forces de l'ordre qui l'ont acheminé au cachot de Mugote. Dans le village Bukere, des habitants ont décidé d'en finir avec l'autre homme du nom de Zakariya, pasteur de son état d'après plusieurs témoignages, dans la même zone. Celui-ci a été copieusement tabassé en plein milieu de la journée devant des écoliers, jusqu'à perdre sa vie.

Le mardi tôt le matin, une autre population dans le village Nyereji, toujours dans le groupement Mugote, a lynché un homme du nom de Baderha Kanyamunyu, qualifié de « voleur de grand chemin ».

L'avenir d'une génération en péril

Les images de Bukere sont d'une extrême sensibilité et mettent en péril l'avenir de toute une génération.

Dans des vidéos et images partagées sur les réseaux sociaux, on aperçoit des écoliers, élèves mineurs, adultes et des habitants du village, malmenés, le nommé Zakariya, dans des champs d'ananas, brutalisé et sous un interrogatoire musclé par cette foule. Amenés vers la cité, ceux-ci ont été ôtés de leur vie par cette même population. Ce qui est plus grave, alors que la personne était déjà morte, on voit même un petit enfant en uniforme qui chicote le corps sur cette place publique.

Un acte d'abomination qui provoquera aussi des conséquences énormes sur la génération future

« Il est inadmissible de laisser des enfants participer aux actes de tueries et, plus grave, les laisser tabasser une personne déjà morte. Où allons-nous finalement ? Quel est l'exemple qu'on donne à ces enfants ? Quel sera leur comportement dans l'avenir ? Déjà ces enfants seront aussi très violents, agressifs et n'hésiteront pas à lapider un humain dans le futur », regrette un défenseur des droits humains.

Le mwami n'est plus écouté

Quelques semaines après d'autres actes d'assassinat entre le 14 et le 19 janvier 2026 à Bwina et Karama dans le groupement Nyakalengwa, le mwami Ntambuka, en tant qu'« autorité couturière », a farouchement réagi et condamné ces actes ignobles dans sa juridiction.

Dans un message audio qui a circulé dans les groupes WhatsApp, le mwami Ntambuka Roger avait déclaré que les actes d'assassinats par corde communément appelés « Kabanga », pris comme source d'enrichissement pour certains, n'étaient qu'un mensonge diabolique.  Cette autorité avait alors invité la population à se méfier de cette pratique qui ne fait qu'endeuiller la communauté pour rien et détruire la cohésion sociale. Mais avec ce qui continue, le mwami n'a pas été écouté.

« Vous tuez vos frères, sœurs et vos enfants pour rien.  Depuis que je voyage dans ce monde, je n'ai jamais vu le marché où une corde qui a servi à tuer un humain peut être vendue ou déclarée comme marchandise. Cessez avec ces pratiques et mensonges qui ne vous apportent aucune richesse ni bonheur », peut-on l'écouter dans son message.

Alors que Nyakalengwa faisait encore la une, le même acte s'est produit dans le village Kishumbu, groupement Bunyakiri dans la chefferie Rubenga le 31 janvier 2026. Ici, des bandits ont réussi à assassiner un homme, attaché d'une corde au cou, et la victime suspendue sur un arbre.

Une sensibilisation de grande envergure doit être organisée sur toute l'étendue du territoire d'Idjwi pour décourager non seulement le phénomène « Kabanga » et les actes de justices populaires au sein de la population.

Les autorités, les médias locaux, les organisations de la société civile et celles de développement devraient aussi mettre la main à la pâte pour sortir la communauté du gouffre, démanteler le réseau criminel, rétablir la cohésion sociale, renforcer l'éducation des jeunes et des enfants pour un développement multisectoriel.

 

Richelieu Byamana – LPA Sud-Kivu



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