Idjwi : « Kabanga et justices populaires » menacent l'avenir d'une génération
En territoire d'Idjwi au Sud-Kivu, depuis janvier 2026, les actes d'assassinat communément appelés « Kabanga » se sont renforcés dans la communauté avec des conséquences énormes sur le plan social et l'avenir de toute une génération.
Certains
corps sans vie sont retrouvés dans les coins des villages et d'autres jetés dans
le lac Kivu avec des traces de violences, de traitements inhumains, soit des
cordes attachées au cou et les victimes suspendues sur des arbres.
Les faits sont d'une extrême horreur
Entre
samedi 21 et mardi 24 février 2026, trois (03) personnes ont perdu la vie dans
le groupement Mugote en chefferie Ntambuka. Il s'agit d'une jeune fille du nom
d'Alice Maneno, élève de l'institut Makimbiliyo, assassinée par des bandits non
encore identifiés le 21 février dans le village Mugote. Son corps a été
retrouvé pendu sur un arbre à quelques kilomètres de son habitation, selon
plusieurs sources.
Sa
maman, du nom de Chakupewa Mukanirwa Francine, interrogée par les confrères de
la radio MGT, affirme que sa fille était étranglée avec une corde
« kabanga » avant d'être pendue sur un arbre afin de brouiller les
traces.
Le
lundi 23 février, une population en colère s'est attaquée violemment à deux
hommes suspectés d'appartenir au groupe de meurtriers de la fille. Un a été
sauvé par les forces de l'ordre qui l'ont acheminé au cachot de Mugote. Dans le
village Bukere, des habitants ont décidé d'en finir avec l'autre homme du nom
de Zakariya, pasteur de son état d'après plusieurs témoignages, dans la même
zone. Celui-ci a été copieusement tabassé en plein milieu de la journée devant
des écoliers, jusqu'à perdre sa vie.
Le
mardi tôt le matin, une autre population dans le village Nyereji, toujours dans
le groupement Mugote, a lynché un homme du nom de Baderha Kanyamunyu, qualifié
de « voleur de grand chemin ».
L'avenir d'une génération en péril
Les
images de Bukere sont d'une extrême sensibilité et mettent en péril l'avenir de
toute une génération.
Dans
des vidéos et images partagées sur les réseaux sociaux, on aperçoit des
écoliers, élèves mineurs, adultes et des habitants du village, malmenés, le
nommé Zakariya, dans des champs d'ananas, brutalisé et sous un interrogatoire
musclé par cette foule. Amenés vers la cité, ceux-ci ont été ôtés de leur vie par
cette même population. Ce qui est plus
grave, alors que la personne était déjà morte, on voit même un petit enfant en
uniforme qui chicote le corps sur cette place publique.
Un acte d'abomination qui provoquera
aussi des conséquences énormes sur la génération future
« Il est inadmissible de laisser
des enfants participer aux actes de tueries et, plus grave, les laisser tabasser
une personne déjà morte. Où allons-nous
finalement ? Quel est l'exemple qu'on donne à ces enfants ? Quel sera leur
comportement dans l'avenir ? Déjà ces enfants seront aussi très violents,
agressifs et n'hésiteront pas à lapider un humain dans le futur », regrette
un défenseur des droits humains.
Le mwami n'est plus écouté
Quelques
semaines après d'autres actes d'assassinat entre le 14 et le 19 janvier 2026 à
Bwina et Karama dans le groupement Nyakalengwa, le mwami Ntambuka, en tant qu'« autorité couturière », a farouchement réagi et condamné ces actes
ignobles dans sa juridiction.
Dans
un message audio qui a circulé dans les groupes WhatsApp, le mwami Ntambuka
Roger avait déclaré que les actes d'assassinats par corde communément appelés
« Kabanga », pris comme source
d'enrichissement pour certains, n'étaient qu'un mensonge diabolique. Cette autorité avait alors invité la
population à se méfier de cette pratique qui ne fait qu'endeuiller la
communauté pour rien et détruire la cohésion sociale. Mais avec ce qui
continue, le mwami n'a pas été écouté.
« Vous tuez vos frères, sœurs et vos
enfants pour rien. Depuis que je voyage
dans ce monde, je n'ai jamais vu le marché où une corde qui a servi à tuer
un humain peut être vendue ou déclarée comme marchandise. Cessez avec ces
pratiques et mensonges qui ne vous apportent aucune richesse ni bonheur »,
peut-on l'écouter dans son message.
Alors
que Nyakalengwa faisait encore la une, le même acte s'est produit dans le
village Kishumbu, groupement Bunyakiri dans la chefferie Rubenga le 31 janvier
2026. Ici, des bandits ont réussi à assassiner un homme, attaché d'une corde au
cou, et la victime suspendue sur un arbre.
Une
sensibilisation de grande envergure doit être organisée sur toute l'étendue du
territoire d'Idjwi pour décourager non seulement le phénomène
« Kabanga » et les actes de justices populaires au sein de la
population.
Les
autorités, les médias locaux, les organisations de la société civile et celles de
développement devraient aussi mettre la main à la pâte pour sortir la
communauté du gouffre, démanteler le réseau criminel, rétablir la cohésion
sociale, renforcer l'éducation des jeunes et des enfants pour un développement
multisectoriel.
Richelieu Byamana – LPA Sud-Kivu
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