Lubero : déplacés de guerre, des parents peinent à nourrir et scolariser leurs enfants
À Lubero-Centre, dans le Nord-Kivu, des familles déplacées vivent dans une précarité grandissante. Privés de leurs champs et de leurs sources habituelles de revenus, certains parents peinent à assurer les besoins les plus élémentaires de leurs enfants, notamment l’alimentation, les soins de santé et la scolarité.
À Lubero-Centre, dans le Nord-Kivu, des familles déplacées vivent dans une précarité grandissante. Privés de leurs champs et de leurs sources habituelles de revenus, certains parents peinent à assurer les besoins les plus élémentaires de leurs enfants, notamment l’alimentation, les soins de santé et la scolarité.
Le déplacement n’a pas
seulement contraint ces familles à abandonner leurs villages. Il les a
également privées de leurs moyens de subsistance. À Lubero-centre, plusieurs
parents déplacés disent aujourd’hui vivre au jour le jour, dépendant de petits
travaux, de l’aide de proches ou de familles d’accueil pour tenter de subvenir
aux besoins de leurs ménages.
Arrivée de Bingi il y a
environ un an, Kahindo Élodie fait partie de ces parents confrontés aux
difficultés de la vie en déplacement. Elle affirme avoir quitté son milieu
d’origine sans pouvoir emporter de ressources suffisantes pour recommencer sa
vie ailleurs.
« C’est vraiment très compliqué. J’ai dû quitter Bingi les mains vides.
Ici, je rends de petits services contre de l’argent. Je n’ai pas de champ et je
mange très difficilement. Suis locataire, mon bailleur attend à la fin de
chaque mois ce qui est de son droit. C’est vraiment pitoyable »,
témoigne-t-elle.
Des
familles privées de leurs moyens de subsistance
Comme Élodie, de nombreux
déplacés installés à Lubero-centre ont perdu l’accès à leurs champs, à leurs
commerces ou à leurs activités génératrices de revenus. Pour certains ménages
essentiellement agricoles, cette rupture signifie la perte de leur principale
source de nourriture et de revenus.
La recherche quotidienne de
quoi manger devient alors une priorité, au détriment d’autres besoins
essentiels. Les dépenses liées à l’éducation ou aux soins de santé deviennent
particulièrement difficiles à supporter pour des familles qui disposent de très
peu de ressources.
Quatre
enfants contraints d'abandonner l'école
Pour Kasereka Kiyingo, déplacé
de Kayna, dans le sud du territoire de Lubero, les conséquences de cette
précarité se font également sentir dans l’éducation de ses enfants.
Père de quatre enfants en âge
de fréquenter l’école secondaire, il affirme ne plus être en mesure de financer
leur scolarité. Tous ont dû interrompre leurs études.
« J’ai quatre enfants qui devraient être à l’école secondaire. Tous ont
abandonné. Je suis sans esprit tellement la vie ici à Lubero est compliquée
», déplore-t-il.
À cette difficulté s’ajoutent
les dépenses médicales. Pour ce père de famille, une maladie au sein du ménage
peut rapidement devenir une nouvelle source d’endettement ou d’impuissance.
« Lorsqu’on tombe malade, il devient très difficile de parvenir à payer
la facture. Nous n’arrivons plus à subvenir aux besoins élémentaires de nos
enfants », explique-t-il.
Un
appel au rétablissement de la paix
Au-delà de l’aide humanitaire,
les parents déplacés rencontrés à Lubero mettent en avant une autre priorité :
le retour de la sécurité dans leurs zones d’origine.
Kasereka Kiyingo appelle les
autorités à intensifier les efforts en faveur de la paix afin de permettre aux
populations déplacées de retrouver leurs villages et leurs moyens de
subsistance.
« Que le gouvernement fasse tout son possible pour restaurer la paix dans
cette partie du pays », souhaite-t-il.
Depuis plusieurs années, le
Nord-Kivu est confronté à une situation sécuritaire instable, marquée notamment
par la rébellion du M23 et les violences attribuées aux ADF, auxquelles
s’ajoutent les activités de plusieurs groupes armés locaux.
Ces violences ont provoqué
d’importants déplacements de populations civiles dans plusieurs territoires de
la province. À Lubero, des familles continuent ainsi de vivre loin de leurs
terres et de leurs activités, dans l’attente de conditions permettant un retour
dans leurs villages.
Pour ces parents, l’urgence ne
se résume donc pas à trouver un logement. Il s’agit aussi de retrouver un
revenu, de nourrir les enfants, de payer leurs études, d'accéder aux soins et, surtout, de retrouver la possibilité de vivre dignement.
La RDC célébrait à ce 1ᵉʳ août la journée nationale dédiée aux parents vivants et consacrée à la mémoire
de parents décédés. À Lubero centre, aucune activité y relative n'a été
organisée.
Irave Wavomundu – LPA Lubero
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