Uvira : la fermeture des banques et Coopératives met à mal les activités des petits commerçants, le LIKILIMBA comme bouée de sauvetage
À Uvira, dans le Sud-Kivu, la fermeture prolongée des banques et des coopératives d’épargne affecte durement les activités des petits commerçants. Depuis février 2025, cette situation, aggravée par la dégradation du contexte sécuritaire, prive de nombreux ménages de leur principal moyen d’accès à l’épargne et au crédit. La fermeture de la frontière Uvira–Gatumba ainsi que des axes routiers stratégiques reliant Kamanyola à Bukavu et Kalemie est venue accentuer les difficultés économiques dans la ville.
Pour
faire face à cette crise, certains commerçants ont tenté de maintenir les
systèmes de ristournes communautaires, communément appelés LIKILIMBA malgré les
risques encourus. Pour eux, ce système repose sur la solidarité et permet de
faire face aux urgences familiales dans un contexte de crise humanitaire
persistante.
Analyste
économique et enseignant, M. Namamba Mugabo explique que « les ristournes ou le système LIKILIMBA permettent aux mamans de
réaliser leurs projets. Si l’on reçoit 1 000 FC aujourd’hui, cet argent peut
être rapidement dépensé. Mais lorsqu’il est conservé jusqu’à une échéance fixe,
comme la fin de l’année, le partage permet à chaque membre d’obtenir un montant
important pour investir. »
Il alerte
toutefois sur plusieurs risques : le vol de l’argent gardé à domicile, la
mauvaise foi de certains emprunteurs, les décès, les déménagements soudains ou
encore les faillites. Face à ces défis, il appelle les membres à la conscience
collective, à la patience et au maintien de la solidarité, estimant que les
activités économiques finiront par reprendre.
Sur le
terrain, les commerçants témoignent. Francine Buhendwa, vendeuse d’épices,
raconte :
« Ndio tulikuwa tunafanya LIKILIMBA mwaka
iliyo pita… » (Oui, nous faisions le LIKILIMBA l’année passée, mais les
difficultés ont commencé avec la crise sécuritaire). Elle explique que la
fermeture de l’axe Kamanyola–Bukavu a bloqué leurs activités, rendant l’accès
aux coopératives presque impossible. « Tukaanza cheza wenyewe kwa wenyewe… »
(Nous avons alors commencé à cotiser entre nous, 5000 FC ou 2000 FC), mais le
non-respect des engagements a réduit le nombre de participants, jusqu’à l’arrêt
du système avec la fermeture des frontières.
Pour
Ndagano Kimburugutu, petit commerçant, l'épargne en groupe dit Likilimba a
beaucoup aidé dans cette période de crise.
Il souligne que cette épargne communautaire renforce les activités
commerciales lorsque la situation devient instable.
Même
constat pour Safi Amunazo : le LIKILIMBA aide lorsqu’il est bien organisé ; il
permet de soutenir certaines activités, notamment le commerce et le paiement
des frais scolaires des enfants). Akili Swedi ajoute que le LIKILIMBA a
facilité l’investissement, car l’argent restait entre nos mains, contrairement
aux banques et coopératives fermées. Enfin, Mariana Kyubwa et Asifiwe Esther
insistent sur l’impact social du système.
Lorsque
les banques ont fermé, le LIKILIMBA nous a aidés à vendre, à faire du commerce
et à subvenir aux besoins familiaux. Le
LIKILIMBA nous a permis de manger, d’acheter des médicaments pour les enfants
et de renforcer nos activités.
Dans un
contexte marqué par l’insécurité et la fermeture des institutions financières,
le LIKILIMBA apparaît ainsi comme un mécanisme de résilience communautaire,
malgré ses limites et les risques qu’il comporte.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI financé par la Benevolencija et exécuté par le Consortium UNPC, COMEL et UFMP.
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