Sociétés

LPA
lpa | 29 mars 2026 | 695 vues

Uvira : les personnes sourdes-muettes face à des défis persistants en matière d’éducation, d’inclusion et d’emploi

Dans la ville d’Uvira, située à l’est de la République démocratique du Congo, les personnes sourdes-muettes vivent une réalité marquée par de nombreux obstacles, tant sur le plan éducatif que socio-économique.

Malgré quelques avancées notables ces dernières années, leur inclusion reste limitée, freinée notamment par le manque d’infrastructures adaptées, l’insuffisance de personnel qualifié et la rareté des opportunités professionnelles.

Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, l’accès à l’éducation pour les enfants sourds-muets demeure un défi majeur. Un parent interrogé souligne l’importance de la scolarisation pour ces enfants, affirmant que l’éducation leur permet de développer leurs capacités intellectuelles et de mieux s’intégrer dans la société. Toutefois, il déplore l’absence d’équipements spécialisés, le manque d’enseignants formés en langue des signes ainsi que l’insuffisance d’établissements d’enseignement secondaire et supérieur adaptés à leurs besoins.

« Aujourd’hui, ils commencent à passer l’examen d’État avec les autres élèves, ce qui constitue déjà un progrès », explique-t-il. 

Néanmoins, il appelle les organisations et les autorités à investir davantage dans la construction d’écoles spécialisées et à améliorer la qualité de l’enseignement.

De son côté, une jeune femme sourde témoigne d’un parcours marqué par la persévérance. Elle affirme avoir bénéficié, à certains moments, du soutien d’organisations non gouvernementales, notamment à travers des dons et un accompagnement éducatif. « Avant, on ne nous permettait même pas de passer les examens d’État. Aujourd’hui, j’ai obtenu mon diplôme », confie-t-elle.

Cependant, malgré cette réussite, elle se heurte à une autre réalité : l’accès à l’emploi. « Trouver du travail est très difficile. Comme je ne parle pas, je ne suis pas toujours prise en compte dans la société », regrette-t-elle, évoquant un profond sentiment d’exclusion. 

Elle suggère la mise en place de formations professionnelles, notamment en couture ou dans d’autres métiers manuels, afin d’offrir des perspectives concrètes aux personnes sourdes.

Au niveau institutionnel, les moyens restent également insuffisants. Le sous-proved Malumbi Wasikala indique que Uvira compte entre trois et quatre écoles pour enfants sourds-muets. Toutefois, les enseignants y travaillent souvent dans des conditions précaires, parfois sans salaire ni matériel pédagogique adéquat. Il plaide pour l’organisation de formations de renforcement des capacités, même de courte durée, afin d’améliorer la qualité de l’enseignement.

Par ailleurs, les initiatives de sensibilisation communautaire se multiplient, bien que leurs effets demeurent encore limités. Madame Aline, directrice de l’école pour sourds-muets « Béthanie », explique que certaines organisations mènent des campagnes de porte-à-porte pour favoriser l’intégration sociale des personnes sourdes-muettes.

Elle met en avant les difficultés de communication, l’isolement, la peur, ainsi que les cas d’abandon familial et de stigmatisation dont ces personnes sont victimes.

« Ces enfants ont besoin de motivation, d’un encadrement quotidien, mais aussi d’un soutien pour leur transport », insiste-t-elle.

Face à ce constat, les acteurs locaux appellent à une mobilisation accrue des autorités et des partenaires humanitaires. L’amélioration des conditions de vie des personnes sourdes à Uvira passe notamment par des investissements dans l’éducation inclusive, la formation professionnelle et la sensibilisation de la communauté.

Article rédigé dans le cadre du projet « Habari za Mahali », financé par La Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.



0 Commentaire :



Laissez votre commentaire