Uvira : un dialogue pour apaiser les tensions entre la REGIDESO et ses abonnés sur la facturation de l'eau
Un dialogue intercommunautaire axé sur la cohésion sociale, la sécurité et la résilience communautaire s'est tenu ce mercredi 6 mai 2026 dans la ville d'Uvira, au Sud-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo.
Un dialogue intercommunautaire axé sur la cohésion sociale, la sécurité et la résilience communautaire s'est tenu ce mercredi 6 mai 2026 dans la ville d'Uvira, au Sud-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo. Organisé par l'ONG Search for Common Ground, cet échange s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du projet TUKUTANE TENA, financé par le ministère de l'Europe des Affaires étrangères.
La
rencontre a réuni des acteurs de la société civile, des leaders communautaires,
des autorités locales ainsi que des abonnés de la REGIDESO autour d'une
problématique brûlante : le conflit opposant la régie publique de distribution
d'eau à ses abonnés, notamment sur les questions de facturation, d'abonnement
et d'approvisionnement en eau potable dans la commune de Kalundu.
Une dette colossale de plus de 2,6
milliards de francs congolais
Intervenant
lors de cette activité, le chef de centre de la REGIDESO/Uvira, Jean-Paul Ntabala, a dressé un tableau
sombre de la situation financière de l'entreprise paraétatique. Selon lui, les abonnés
cumulent une dette globale estimée à 2.645.709.977,4
francs congolais (environ 930.000 dollars américains au taux du jour),
un montant qui paralyse les opérations de la régie face à une demande
croissante.
«
Nous avons eu l'occasion de présenter la situation d'exploitation de la REGIDESO
en ce qui concerne les défis et les solutions qu'il faut envisager. J'ai été
clair : il est vrai que nous connaissons des problèmes d'exploitation, mais la
seule façon la plus sûre est de pouvoir garantir la desserte avec l'appui de
carburant que nous devons ajouter pour soutenir l'exploitation. Pour arriver à
maintenir une bonne desserte, il faudrait que la clientèle puisse acquitter
régulièrement ses factures afin de financer l'achat de carburant », a expliqué
M. Ntabala lors d'un entretien à La Presse africaine.
Mais
alors, le chef de centre s'est dit satisfait des échanges, soulignant que « chaque
parti a pris ses engagements » et plaidant pour la multiplication de telles
rencontres afin de mieux informer la population sur la gestion de la Regideso.
Surfacturation et cumul de factures
: le cri du cœur des ménages
De
son côté, Ntakobajira Marie-jeanne,
femme leader engagée dans la communauté d'Uvira, a livré un témoignage qui
reflète le désarroi de nombreux ménages. Elle reconnaît l'ampleur de
l'endettement des populations vis-à-vis de la Regideso, mais pointe du doigt
des pratiques qui découragent les abonnés.
«
Il y a beaucoup de dettes, la population doit beaucoup d'argent à la régie
des eaux. C'est ce qui fait que souvent ils n'arrivent pas à réaliser leur
travail comme ils sont obligés de le faire. Par exemple, quand ils n'ont pas de
courant, ils peuvent aussi se ravitailler en carburant pour leur groupe
électrogène, mais les moyens ne sont pas suffisants », a-t-elle témoigné.
Mme
Ntakobajira a soulevé la question récurrente de la surfacturation, qu'elle affirme être une réalité sur le terrain. «
Si jamais la personne est consciente que la consommation qui lui est
facturée est correcte, la population sera disposée à s'acquitter de ses dettes.
Mais quand il y a surfacturation, ça empêche la population de s'assumer. Nous
avons posé la question : combien coûte un mètre cube d'eau ? Si on nous dit 800
francs, on sait que si j'ai consommé 5.000 mètres cubes, ma facture doit être
de 4.000 francs. Mais avec les locations de compteurs et les TVA, la facture
devient toujours un peu exagérée », a-t-elle dénoncé.
Elle
a également déploré la pratique qui consiste à remettre « deux ou trois
factures au même moment » à des ménages qui, en proie à l'insécurité
économique et aux conflits armés récurrents dans la région, peinent déjà à
joindre les deux bouts.
Un contexte sécuritaire et
humanitaire fragile
La
ville d'Uvira, située sur la rive nord du lac Tanganyika, est régulièrement
secouée par des violences armées et des catastrophes naturelles. Ce contexte
fragilise davantage le pouvoir d'achat des ménages et exacerbe les tensions
autour des services publics de base.
«
Avec la situation de notre milieu, nous traversons régulièrement des moments
de conflits armés, de guerres, de calamités, de catastrophes. La population se
retrouve toujours dans des situations difficiles. Il faut que la Regideso
réfléchisse à comment facturer la population de manière juste », a plaidé madame
Marie-jeanne.
Des engagements pour l'avenir
Malgré
les tensions palpables, les participants au dialogue se sont quittés sur des
notes d'espoir. Des engagements mutuels ont été pris : la REGIDESO s'est
engagée à améliorer la transparence de sa facturation et à garantir une
desserte régulière, tandis que les abonnés ont promis de s'acquitter de leurs
factures de manière plus régulière.
Le
chef de centre de la Regideso Uvira a offert une garantie à la population pour s'acquitter régulièrement de ses
factures, car : « une fois qu'on a suffisamment d'argent, on peut
acheter du carburant pour assurer le refoulement et la distribution de l'eau
».
Pascal BAHUNDE - LPA Sud-Kivu
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