« La dépendance nous détruit » : au Sud-Kivu, les jeunes appelés à l’indépendance économique
En marge de la commémoration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le Réseau des jeunes leaders pour la consolidation de la paix a organisé, mardi 30 juin 2026 à Uvira, un forum provincial consacré à l’entrepreneuriat des jeunes au Sud-Kivu.
Cette rencontre a réuni des jeunes
entrepreneurs, des acteurs associatifs, des responsables d’entreprises locales
ainsi que des autorités provinciales, autour d’un thème : « L'entrepreneuriat,
un levier stratégique pour le développement local, la création d’emplois, la
stabilité et la consolidation de la paix durable au Sud-Kivu. »
Selon Good Luck Héritier, coordinateur du réseau organisateur, qui regroupe une
vingtaine d’organisations et d’entreprises locales, ce forum visait à rappeler
aux jeunes d’Uvira que le travail, l’initiative privée et l’auto-prise en
charge constituent des leviers essentiels pour contribuer à la stabilité et au
développement local.
« Il faut former les jeunes à
l’auto-prise en charge afin de voir comment nous pouvons équilibrer et stabiliser
notre ville », a-t-il déclaré, soulignant que l’employabilité demeure l’un
des grands défis auxquels fait face Uvira.
Pour plusieurs habitants d’Uvira, 66
ans après l’accession de la RDC à la souveraineté nationale, l’indépendance
reste encore largement politique, alors que de nombreux jeunes continuent de
faire face au chômage, à la précarité et au manque d’encadrement.
Présente à cette activité, Césarine Cinyerecinja, ministre provinciale de
l’Entrepreneuriat au Sud-Kivu, a insisté sur la nécessité de lier
l’indépendance politique à l’indépendance économique.
« On ne peut pas parler d’indépendance
politique sans faire allusion à l’indépendance économique. La dépendance nous
détruit. Certains jeunes, par manque d’occupation, deviennent dépendants des drogues
ou des boissons fortement alcoolisées. Des forums comme celui-ci nous aident à
mener une sensibilisation massive auprès de la jeunesse », a-t-elle indiqué
devant la presse.
La ministre a salué l’initiative du
Youth Leaders Network for Peace Building, estimant qu’elle contribue à
vulgariser l’entrepreneuriat comme outil de paix durable et de développement
dans la province du Sud-Kivu.
« Je suis très satisfaite, car j’ai échangé avec des jeunes talentueux.
C’est sur eux que l’on peut compter pour l’émergence et le développement de notre
province », a-t-elle ajouté.
S’adressant aux jeunes entrepreneurs d’Uvira, Césarine Cinyerecinja a également
annoncé la mise en place prochaine d’une maison d’incubation destinée à
promouvoir et encadrer les initiatives portées par les jeunes.
Selon elle, cette structure devrait
permettre de renforcer les capacités des jeunes entrepreneurs, de valoriser
leurs talents et de faciliter leur accès à des appuis techniques.
« Au nom du gouvernement provincial, à
travers le ministère de l’Entrepreneuriat, je promets que ces jeunes seront
bien encadrés et bien incubés. Nous porterons leurs voix là où ils ne peuvent
pas arriver, en menant des plaidoyers pour obtenir un appui technique »,
a-t-elle déclaré.
Le forum avait également pour
objectif d’amener les jeunes à réfléchir ensemble aux difficultés rencontrées
par les entrepreneurs du Sud-Kivu, mais aussi aux pistes de solutions adaptées
au contexte local.
Parmi les intervenants, le
professeur Manya Mboni Henry, directeur général de l’ISTM/Uvira, a développé
une réflexion sur le retour à l’authenticité des jeunes, en particulier des
jeunes entrepreneurs. Il a appelé à valoriser les potentialités locales et à
accompagner les initiatives existantes.
« Uvira dispose de potentialités locales. Si le gouvernement, les
décideurs et les personnes de bonne volonté accompagnent ces jeunes, cette
ville peut devenir un espace développé grâce à sa main-d’œuvre locale »,
a-t-il estimé.
Pour le professeur Manya,
l’indépendance économique des jeunes est un processus qui commence par la prise
de conscience de leur situation et de leurs capacités.
« Lorsqu’une personne prend conscience de
son état, elle s’accepte et commence à chercher une solution pour en sortir.
Les jeunes ont compris ce qu’ils sont et ont décidé de se développer en
s’aidant eux-mêmes », a-t-il expliqué.
Il a encouragé les jeunes
entrepreneurs à cultiver l’intégrité, la responsabilité, la discipline et la
persévérance, malgré les échecs qui peuvent accompagner les premières
initiatives.
« Si l’on continue à travailler, à rester
discipliné et à prendre ses responsabilités, je pense que dans cinq à dix ans,
nous pourrons avoir une jeunesse plus autonome, moins exposée aux influences
négatives qui alimentent certaines difficultés que nous connaissons »,
a-t-il conclu.
À travers ce forum, les
organisateurs entendent faire de l’entrepreneuriat un outil de promotion de la
paix, de création d’emplois et de développement local dans une province où la
jeunesse reste confrontée à de nombreux défis socio-économiques.
Pascal BAHUNDE – LPA Sud-Kivu
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