Uvira : des populations sous le poids de traumatismes psychologiques liés aux crises humanitaires
À Uvira, dans la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo, les populations autochtones ainsi que les déplacés de guerre vivent aujourd’hui avec de profondes séquelles psychologiques. Les crises humanitaires répétitives qui frappent cette région ont engendré des chocs émotionnels et psychiatriques durables, affectant gravement leur quotidien.
Selon des sources recueillies
par les reporters du bulletin Habari za Mahali, les nombreuses épreuves
traversées au fil des années ont plongé une partie de la population dans une
détresse persistante. Cette souffrance se manifeste notamment par un retrait
social, allant jusqu’à l’abandon des moments de divertissement et de
célébration.
« Dans notre ville d’Uvira, nous avons traversé beaucoup d’épreuves et de
malheurs. Pendant les fêtes de Noël et de Nouvel An, nous n’avons même pas pu
célébrer correctement. La peur était omniprésente, au point de nous faire
perdre confiance », témoigne l’un des habitants interrogés.
Cette situation ne se limite
pas à la santé mentale : elle compromet également l’avenir de nombreux jeunes,
souvent exclus du système éducatif et privés d’opportunités de développement.
Pour Madame Bibiane Sobotte,
psychologue à la Clinique de consultance et d’assistance psychologique (CCAP),
plusieurs défis majeurs entravent la prise en charge des personnes affectées.
Elle souligne notamment la difficulté pour les populations de distinguer les
troubles psychologiques (stress, traumatismes) des maladies psychiatriques plus
complexes. À cela s’ajoute une méconnaissance des différentes approches
thérapeutiques adaptées à chaque cas, ainsi qu’un manque criant de
sensibilisation.
La spécialiste évoque également
que le financement des interventions est insuffisant. Elle insiste sur
l’urgence de renforcer les ressources humaines en santé mentale, en particulier
la présence de psychologues cliniciens qualifiés et bien formés. Selon elle,
Uvira manque cruellement de professionnels capables de répondre aux besoins
croissants de la population. De son côté, Mapenzi Manyebwa, coordonnateur de la
synergie de la société civile, met en avant le faible niveau d’implication des
associations et ONG dans le domaine de la santé mentale. Cette insuffisance
freine considérablement les efforts d’assistance psychosociale destinés aux
personnes vulnérables.
Face à ces défis, les acteurs locaux appellent à une mobilisation accrue des organisations humanitaires et à un renforcement des financements. L’objectif est de faciliter la mise en œuvre de programmes de prise en charge, de formation et de sensibilisation communautaire. Il convient de rappeler que ces troubles psychologiques trouvent leur origine dans les multiples crises humanitaires qu’a connues la région, notamment les conflits armés et diverses catastrophes naturelles.
Cet article a été rédigé dans
le cadre du projet Habari za Mahali, financé par la Benevolencija et mis en
œuvre par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
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