Sociétés

LPA
lpa | 04 avril 2026 | 646 vues

Uvira : des populations sous le poids de traumatismes psychologiques liés aux crises humanitaires

À Uvira, dans la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo, les populations autochtones ainsi que les déplacés de guerre vivent aujourd’hui avec de profondes séquelles psychologiques. Les crises humanitaires répétitives qui frappent cette région ont engendré des chocs émotionnels et psychiatriques durables, affectant gravement leur quotidien.

Selon des sources recueillies par les reporters du bulletin Habari za Mahali, les nombreuses épreuves traversées au fil des années ont plongé une partie de la population dans une détresse persistante. Cette souffrance se manifeste notamment par un retrait social, allant jusqu’à l’abandon des moments de divertissement et de célébration.

« Dans notre ville d’Uvira, nous avons traversé beaucoup d’épreuves et de malheurs. Pendant les fêtes de Noël et de Nouvel An, nous n’avons même pas pu célébrer correctement. La peur était omniprésente, au point de nous faire perdre confiance », témoigne l’un des habitants interrogés.

Cette situation ne se limite pas à la santé mentale : elle compromet également l’avenir de nombreux jeunes, souvent exclus du système éducatif et privés d’opportunités de développement.

Pour Madame Bibiane Sobotte, psychologue à la Clinique de consultance et d’assistance psychologique (CCAP), plusieurs défis majeurs entravent la prise en charge des personnes affectées. Elle souligne notamment la difficulté pour les populations de distinguer les troubles psychologiques (stress, traumatismes) des maladies psychiatriques plus complexes. À cela s’ajoute une méconnaissance des différentes approches thérapeutiques adaptées à chaque cas, ainsi qu’un manque criant de sensibilisation.

La spécialiste évoque également que le financement des interventions est insuffisant. Elle insiste sur l’urgence de renforcer les ressources humaines en santé mentale, en particulier la présence de psychologues cliniciens qualifiés et bien formés. Selon elle, Uvira manque cruellement de professionnels capables de répondre aux besoins croissants de la population. De son côté, Mapenzi Manyebwa, coordonnateur de la synergie de la société civile, met en avant le faible niveau d’implication des associations et ONG dans le domaine de la santé mentale. Cette insuffisance freine considérablement les efforts d’assistance psychosociale destinés aux personnes vulnérables.

Face à ces défis, les acteurs locaux appellent à une mobilisation accrue des organisations humanitaires et à un renforcement des financements. L’objectif est de faciliter la mise en œuvre de programmes de prise en charge, de formation et de sensibilisation communautaire. Il convient de rappeler que ces troubles psychologiques trouvent leur origine dans les multiples crises humanitaires qu’a connues la région, notamment les conflits armés et diverses catastrophes naturelles.

Cet article a été rédigé dans le cadre du projet Habari za Mahali, financé par la Benevolencija et mis en œuvre par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.



0 Commentaire :



Laissez votre commentaire