Uvira : le recrutement de la main-d’œuvre locale au cœur de débat sur l’efficacité de l’aide humanitaire
À Uvira, dans le Sud-Kivu, la question du recrutement local dans les organisations humanitaires continue de susciter débats et réflexions. Acteurs de la société civile et experts s’accordent sur son importance pour améliorer l’efficacité des interventions, tout en alertant sur les risques liés à sa mise en œuvre.
Dans un contexte marqué par
des besoins humanitaires croissants, plusieurs organisations interviennent en
faveur des populations vulnérables. Pour ces acteurs, l’implication des
ressources humaines locales apparaît comme une solution adaptée pour mieux comprendre
les réalités du terrain.
Selon le coordinateur urbain
du mouvement citoyen Machozi ya Raia MCMR, Emmanuel Abedi, « la représentativité locale pourrait donner
de l’efficacité à l’aide humanitaire dans le sens où se sont eux qui savent
identifier les vraies victimes en besoin réel ». Il ajoute que cette
approche permet également d’évaluer concrètement l’impact du recrutement local
à travers plusieurs indicateurs, notamment la performance opérationnelle, la
satisfaction des bénéficiaires et la durabilité des actions menées.
Pour Mapenzi Manyebwa,
président de la Synergie des sociétés civiles à Uvira, le recrutement local
constitue un levier essentiel pour renforcer les communautés.
« Le recrutement local va renforcer la résilience communautaire ainsi que
la capacité locale lorsqu’il tient compte des compétences locales. Il ne faut
pas importer des agents en laissant de côté toutes les compétences que nous
avons dans la ville et le territoire d’Uvira », explique-t-il.
Il déplore cependant une
pratique fréquente : « Dans plusieurs
ONG, on lance des offres mais, lors du recrutement, on ne considère pas les
compétences locales. Cela fait que les capacités ne sont pas promues et ne
bénéficient pas d’un accompagnement. » Il appelle ainsi les organisations à
collaborer avec les structures locales : « Les
ONG devraient travailler avec les associations locales pour renforcer leurs
capacités, et soutenir les jeunes en leur donnant des opportunités de stages et
d’apprentissage afin de mettre en pratique ce qu’ils ont étudié. »
Le recours au personnel local
favorise une meilleure communication, renforce la confiance et contribue à une
appropriation plus durable des projets. Cependant, cette approche nécessite un
encadrement rigoureux pour éviter certaines dérives.
Analysant la question, Maître
Ghislain Kabamba met en garde contre plusieurs risques liés au recrutement,
qu’il soit local ou non : « Il y a
vraiment des risques attachés au recrutement du personnel de façon générale. Si
l’on ne met pas en place des mécanismes qui répondent aux exigences du poste,
on peut recruter des personnes qui ne sont pas en mesure de rendre un bon
service, ni à l’organisation ni à la population bénéficiaire », explique-t-il. Il évoque également des tensions sociales pouvant naître d’un
manque de transparence : « Cela peut
créer des frustrations lorsqu’il n’y a pas d’objectivité dans le processus de
recrutement. »
Pour y faire face, il
recommande de miser sur la méritocratie : « Il
faut mettre en place un mécanisme objectif garantissant la transparence et
recruter un personnel qualifié, selon le principe : l’homme qu’il faut à la
place qu’il faut. » Il insiste aussi sur le rôle des services étatiques,
notamment l’inspection du travail, pour veiller au respect des normes.
Concernant les risques de
favoritisme ou de conflits d’intérêts, Maître Ghislain Kabamba rappelle que les
organisations doivent appliquer strictement leurs politiques internes de lutte
contre la fraude et la corruption. Il propose également la mise en place de
mécanismes indépendants : « Il est
important d’avoir une commission indépendante de recrutement, afin d’éviter
toute ingérence. Certaines organisations font même recours à des cabinets
d’expertise externes pour garantir la transparence. »
À Uvira, le recrutement local
apparaît ainsi comme une opportunité pour améliorer l’efficacité de l’aide
humanitaire et renforcer la résilience des communautés. Toutefois, les experts
insistent sur la nécessité d’un équilibre entre valorisation des compétences
locales et respect des principes de transparence et de compétence.
Article rédigé dans le cadre
du projet HABARI ZA MAHALI financé par la Benevolencija et exécuté par le
consortium UNPC, COMEL et UFMP.
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