Sud-Kivu : l'avortement sécurisé au centre d’un atelier à Uvira
L'organisation Women Futur Life (WFL) a organisé du jeudi au vendredi 29 mai 2026, dans la ville d'Uvira, province du Sud-Kivu, un atelier de deux jours visant à améliorer les connaissances sur l'autogestion de l'avortement sécurisé. L'activité a réuni une trentaine de participants, composés de leaders communautaires, de femmes, de filles et de jeunes.
Dans un entretien nous accordé, le Dr Nerval Songolo Mutambala,
chef de programme au sein de WFL, clarifie qu’« un avortement sécurisé, c'est d'abord un avortement pratiqué en milieu
hospitalier, par un personnel soignant qualifié, avec des médicaments sécurisés.
En revanche, l'avortement clandestin même si pratiqué chez un infirmier, en
dehors de l'hôpital, avec des méthodes traditionnelles dangereuses expose à des
complications graves, pouvant entraîner la mort de nos filles et de nos femmes
à Uvira. »
Selon lui, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déjà
établi un protocole sécurisé, capable de sauver des vies. C'est dans cette
optique que WFL a choisi de sensibiliser la communauté, en fournissant des
informations fiables sur les conditions, le protocole de Maputo et les
médicaments recommandés.
« Si vous lisez le rapport
actualisé, il ne passe pas deux ou trois mois sans un cas d'avortement dans
notre communauté. Donc, le danger est déjà là. Nous sommes venus apporter des
solutions, car la stigmatisation pousse les femmes à recourir à l'avortement
clandestin, aux charlatans et aux méthodes traditionnelles dangereuses », a
déploré le Dr Nerval.
Des
pesanteurs socioculturelles persistantes
L'un des principaux obstacles identifiés reste le poids des
coutumes et des tabous. À Uvira, les parents n'ont plus la culture du dialogue
avec leurs filles sur la santé sexuelle et reproductive. Cette situation pousse
les adolescentes et les mineures à s'informer auprès de personnes tout aussi
peu informées.
« C'est ainsi que les
fausses informations circulent, que les fausses croyances s'installent, et
qu'elles finissent par poser des actes dangereux. Or, elles devraient être
informées, accompagnées, pour réduire tous les cas possibles d'avortements à
risque et éviter de perdre des vies », insiste le chef de programme de WFL.
Pendant ce temps, la réalité des violences sexuelles, des
viols, des incestes et des grossesses mettant en danger la santé de la mère sévit
à Uvira.
« Allons-nous laisser
une femme mourir avec une grossesse qui menace sa vie, alors qu'un avortement
pourrait la sauver ? Je pense que ce n'est pas un crime d'avorter, si l'on se
trouve dans les conditions prévues par le Protocole de Maputo. Malheureusement,
la conception selon laquelle l'avortement est un crime est encore largement
répandue dans notre communauté. Cela désoriente notre jeunesse, nos femmes et
nos filles qui devraient bénéficier d'une prise en charge adéquate »,
conclut le Dr Nerval qui appelle à démystifier l'avortement autogéré.
Pascal BAHUNDE – LPA Sud-Kivu
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