Uvira : les déchets plastiques, une menace silencieuse pour les populations
À Uvira, dans le Sud-Kivu, la prolifération des boissons conditionnées dans des emballages plastiques contribue fortement à la pollution de la ville. Ces déchets, visibles dans les avenues, les quartiers et surtout le long du lac Tanganyika, suscitent de vives inquiétudes chez les environnementalistes et les professionnels de la santé.
Ils alertent sur les conséquences sanitaires, environnementales et socio-économiques de cette pollution, tout en appelant à une meilleure gestion des déchets et à la formation de la population.
Selon Fidel MANUNGA, enseignant à l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM-UVIRA), les déchets plastiques affectent la population de plusieurs manières.
La pollution du lac Tanganyika constitue une menace sérieuse pour la santé des populations riveraines. Selon un témoin, de nombreux déchets médicaux contaminés, issus des centres de santé et des hôpitaux, se retrouvent dans ou au bord du lac. Ces déchets contribuent à la contamination de l’eau, alors même que celle-ci est utilisée quotidiennement par une grande partie des habitants de la région, et même par des populations plus éloignées lors de pénuries d’eau.
Il souligne également que certains habitants vivant le long du lac peinent à construire des latrines. Faute d’infrastructures sanitaires adéquates, des matières fécales sont parfois déposées sur des déchets plastiques, qui finissent par être entraînés dans le lac. Cette eau, parfois consommée sans aucun traitement, expose gravement la population à diverses maladies.
Les déchets plastiques couvrent également de vastes superficies au bord du lac, zones essentielles à la reproduction des poissons.
« La majorité des poissons viennent se multiplier au bord du lac. Malheureusement, ils ont du mal à se reproduire à cause de ces déchets plastiques, ce qui entraîne une pénurie de poissons. Cela affecte directement la vie et la santé de la population, car le poisson devient extrêmement cher », souligne Fidel MANUNGA.
Sur le plan sanitaire, il met en garde contre les effets à long terme de la pollution de l’eau. « La grande conséquence pour les vies humaines, c’est l’intoxication de l’eau consommée par les habitants. Certaines maladies toxiques apparaissent progressivement. Une personne peut être intoxiquée aujourd’hui, mais la maladie peut se manifester après cinq ans », précise-t-il, évoquant également les maladies hydriques véhiculées par les microbes présents dans les déchets.
Pour BIHAYO Séraphin, la gestion des déchets plastiques à Uvira reste un défi majeur. « À Uvira, après presque chaque mètre, on retrouve des déchets plastiques. Ils restent sur la terre à l’air libre, sans destination claire ni mécanisme de gestion », constate-t-il.
Il attribue cette situation à la forte consommation de boissons en emballages plastiques et à l’absence d’infrastructures adaptées. « Après utilisation, ces plastiques ne doivent pas être jetés n’importe où. Il faut des poubelles pour les stocker et, s’il existait des entreprises spécialisées, il faudrait les signaler afin qu’elles puissent les récupérer », propose-t-il.
Selon lui, la cause profonde de cette pollution reste le manque d’information et de formation de la population. « La mauvaise habitude à Uvira, c’est de jeter les emballages plastiques sur la route et dans les avenues après consommation. Ce n’est pas une bonne pratique », déplore-t-il.
Les impacts environnementaux sont tout aussi préoccupants
« Les déchets plastiques portent une atteinte très grave à l’environnement. Une fois enfouis dans le sol, ils sont très toxiques ; le sol perd sa qualité et nous courons le risque de ne plus produire ce qui en provient », explique Bihayo Séraphin.
Il évoque également la pollution de l’air liée au brûlage des plastiques, générant des fumées nocives, ainsi que la pollution du lac Tanganyika, point final de nombreux déchets emportés par les eaux de pluie. « Ce lac est censé nous fournir du poisson, mais les zones de frayère sont endommagées par la présence de ces déchets », insiste-t-il.
Face à cette situation, Maître Ghislain KABAMBA, Directeur de l’Observatoire Droits, Justice et Gouvernance locale pour la cohésion sociale en RDC, appelle à une mobilisation collective, en particulier des jeunes.
« Il y a une prolifération des déchets plastiques qui impacte la fertilité du sol et crée un climat défavorable à la vie humaine », affirme-t-il.
Pour y faire face, il encourage les initiatives de transformation des déchets plastiques. « Nous devons unir nos efforts, avoir la conviction que c’est un problème et mener des actions concrètes, comme la transformation des déchets plastiques en pavés ou en braises, avec un renforcement des capacités dans ce domaine », propose-t-il.
Conscient des contraintes financières, il plaide pour le travail en synergie et le plaidoyer. « Il faut montrer que la ville est polluée et que cette pollution a des impacts négatifs sur la vie quotidienne de la population », conclut-il.
Face à l’ampleur de la pollution plastique à Uvira, les intervenants insistent sur l’urgence d’agir à la fois sur la sensibilisation des populations, la mise en place de politiques locales de gestion des déchets et le soutien aux initiatives communautaires, en particulier celles portées par les jeunes. Sans une réponse collective et durable, les risques sanitaires et environnementaux liés aux déchets plastiques continueront de peser lourdement sur la vie quotidienne des habitants, notamment ceux vivant le long du lac Tanganyika.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI financé par la Benevolencija et exécuté par le consortium UNPC, COMEL et UFMP.
La rédaction
0 Commentaire :
Laissez votre commentaire